Burn-out et risques psycho-sociaux : les étudiants de la Faculté d’Education témoignent

reportage de France 3 du 15/12/2021 sur la conférence de presse du SCUM consacrée à la faculté d’éducation.

Des étudiant.e.s en burn-out, dans l’incapacité de préparer leurs concours au risque de ne pas trouver de travail au terme de leurs études, mobilisé.e.s 1 à 3 jours pour semaine pour travailler dans des classes dans tout le département, surmené.e.s avec des horaires allant jusqu’à 50H de travail par semaine… C’est la situation actuelle à la Faculté d’Education (FDE) de l’Université de Montpellier.
Un échantillon des 58 témoignages recueillies au mois d’octobre (sur environ 120 étudiants) donne une image très claire de la situation, et avertit des importants risques psychologiques que la formation risque d’engendrer (burn-out, surcharge émotionnelle, fatigue morale…) :

« Puis actuellement, entre le nouveau concours (vive la réforme) + le master où je fais 8h-18h tous les jours, je n’ai ni le temps, ni l’énergie de travailler le CRPE. Il y a encore beaucoup de chance que je le rate. »
« Personnellement, j’ai de grosses difficultés en maths disciplinaires et je n’arrive pas à rattraper mon retard avec cet emploi du temps. Je rentre épuisée tous les soirs. » « Actuellement en M2B MEEF, je me retrouve tout simplement dépassée par ce que l’on attend de moi et la manière dont on me forme. En effet, je n’ai pas l’impression que l’on me forme correctement pour le concours »
« Bien entendu, le poste en responsabilité est plus que bénéfique à la préparation au concours car il y a le côté pratique qui est mis en avant. Cependant, on manque de temps et le burn out nous guette. »
« La charge de travail est conséquente et la surcharge émotionnelle aussi. »
« C’est très compliqué pour nous cette année. Nous n’avons pas une classe seule mais la charge de travail avec la fac est excessive, alors je n’imagine même pas pour les alternants qui l’ont en responsabilité. »
« Ça fait qu’un mois qu’on est rentré et j’ai déjà l’impression de me noyer dans tout le travail qu’on a à faire. La journée du lundi [journée de stage] demande énormément de temps pour la préparation »
« En résulte une fatigue morale fortement présente en ayant repris il y a seulement un mois, je me demande dans quel état je serai dans quelques mois. »
« En quelques mots le volume horaire de cours est trop important nous empêchant de travailler le CRPE et surtout la grande quantité de cours que nous avons. »

Ces témoignages datent d’octobre 2021, avant le début du stage de
novembre (2 jours par semaine pendant 3 semaines, dans des communes parfois très éloignées de Montpellier ce qui implique de longs temps de trajet).
Une rencontre avec la direction avait été organisée avec des revendications très claires :

  • Une absence de prise en compte de l’émargement, qui n’oblige pas les étudiant.e.s à venir en cours. La direction a accepté, mais ne peut le formuler explicitement pour des raisons légales. Elle a donné son accord officieux et ne relèvera donc pas les absences.
  • Une refonte de la maquette, où la priorité est donnée au concours et à la formation concrète au métier. La direction a reconnu les problèmes de la maquette, mais reporte ce soucis à l’année prochaine.
  • Une prise en compte de la condition des étudiant.e.s dans les évaluations de master. La direction a refusé fermement.

Des propositions ont été acceptées à long terme, mais pour cette année, aucun changement. Pour autant, la situation des étudiants et étudiantes empire avec l’arrivée du stage supplémentaire en novembre. De plus, les rendus de devoirs en groupe demandant beaucoup d’organisation, les rendus d’état d’avancement de mémoire, et le concours qui se rapproche (sans qu’aucun entrainement ait été proposé) sont d’autant de facteurs supplémentaires causant burn-out et menaçant ainsi la santé mentale des étudiants et étudiantes. En effet, beaucoup pleurent et veulent ou ont abandonné.

Le problème existe également pour les M2 MEEF en 2nd degré et notamment chez les contractuels alternants, nouveau statut précarisé qui permet d’exploiter des enseignants en poste. Nous n’avons pas recueilli de témoignages écrits mais n’hésitez pas à contacter la liste étudiante élue au conseil de faculté de la FDE « Salade tomate oignons ».


La formation M2 MEEF est destructrice. Si la situation est similaire pour les étudiant.e.s qui préparent le CAPES, nous n’avons pas encore recueilli de témoignages. Mais les responsables des masters de second degré (CAPES) ont également accordé.e.s de nombreuses validations d’acquis pour cette année : les cours se déroulent de manière optionnelle et les étudiant.e.s peuvent obtenir une évaluation, mais ces enseignements restent facultatifs.

La direction de la FDE a maintenant l’obligation de donner des validations d’acquis pour le second semestre. Sinon, elle accepte en silence la souffrance mentale d’étudiant.e.s ayant déjà donné l’alerte. Le contexte politique et les procès autour du burn-out comme à France Télécom doivent rappeler l’importance de ces questions, et les graves conséquences qu’elles peuvent engendrer.

En se basant sur une enquête du ministère de l’Education Supérieur et de la Recherche de 2016 (https://publication.enseignementsup-recherche.gouv.fr/eesr/10/EESR10_ES_16-emploi_du_temps_et_rythmes_d_etudes.php), les étudiant.e.s en ESPE travaillent en moyenne 16 heures par semaine en cours, et 18 heures en
autonomie.
Le semestre dont nous parlons contient 196 heures de travail en cours (prévu dans la maquette), ainsi qu’un stage obligatoire (SIPA) de 7 heures par semaine (et plus pour les contractuels alternants) ainsi qu’un autre stage de six fois 7H en novembre. Cela équivaut à un total de 329 heures dans le semestre obligatoire, sans prendre en compte le temps de travail en autonomie. Sur un semestre de 14 semaines (contre 12 dans la plupart des formations de master), on obtient entre 23 et 28 heures en moyenne par semaine, ce qui est supérieur à la moyenne relevée par le ministère. En ajoutant le temps de travail moyen en autonomie à l’ESPE, de 18 heures par semaine selon le ministère toujours, on arrive à des semaines de 41 à 48 heures !

Mais ces 48 heures ne sont pas dévolues à la préparation du concours, ni
même à la préparation des séances effectuées en stage ! Elles servent uniquement la validation de la formation, le rendu des travaux demandés pour valider les UE, et l’écriture du mémoire. On pourrait demander aux étudiant.e.s combien d’heures ils et elles souhaiteraient passer à préparer leur concours, et les témoignages rappellent que c’est leur priorité. En prenant une moyenne basse de 10 heures, un étudiant de la FDE devrait aujourd’hui travailler près de 60 heures par semaine !
Cette surcharge de travail, alliée à une perte de sens en raison de l’absence de préparation au concours, ainsi qu’à des inquiétudes face à l’avenir et au risque de ne pas obtenir de poste à la fin de l’année, aux conditions matérielles des étudiant.e.s (précarité, difficulté à se rendre sur le lieu de stage, logement insalubre…) explique largement le sentiment d’échec permanent des étudiant.e.s, l’envie d’abandonner, et le désinvestissement au travail. Tous ces symptômes sont révélateurs de burn-out, et ils se retrouvent chez plus de la moitié des étudiant.e.s
de la formation au moins.

Qu’attend alors la direction de la FDE ? Il faut agir vite, car les
conséquences peuvent être graves !!

Nous demandons donc, la validation d’acquis d’UE comptabilisant un total de 25 à 30H par semaine en moyenne, afin d’alléger la charge de travail. Nous demandons le maintien de ces cours pour les étudiants et étudiantes qui souhaitent
les suivre, mais exigeons leur caractère optionnel.
Cette mesure est une mesure sanitaire urgente, mais également une marque de respect envers les étudiants et étudiantes d’une formation construite à la va-vite en raison des impératifs du Ministère. Nous pouvons comprendre les difficultés à construire une maquette, pas le fait de rester silencieux face à tant d’alertes.

Le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) tire la sonnette d’alarme aux côtés des étudiantes et étudiants de la Faculté d’Education de Montpellier. Il y a urgence !

Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier – SCUM
http://www.combatuniversitaire.wordpress.com – syndicat.scum
@live.fr

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