Syndicalisme étudiant ?

Texte d’appel à la constitution d’un Syndicat de Combat Universitaire à Montpellier (SCUM), publié en janvier 2014 :

Texte d'appel à la création du SCUMSyndicalisme étudiant ?

Voilà près de 4 mois que dure le mouvement contre l’austérité à Paul Va. Pour plusieur-E-s d’entre nous ce n’est pas le premier mouvement sur la fac. Nous pensons qu’il est temps de faire une autocritique des pratiques de contestation étudiante auxquelles nous avons participé, d’en tirer les conclusions qui s’imposent et de préparer les luttes à venir.

L’autonomie des universités, aujourd’hui effective, a les conséquences que nous connaissons ici pour les étudiant-E-s et pour le personnel (tirage au sort, menaces de suppression de filières, accroissement de la précarité, diminution du quota d’étranger-E-s). Mais elle a aussi rendu improbable l’émergence d’un mouvement étudiant national spontané sur des revendications communes évidentes comme par le passé. Si les problématiques sont généralement similaires, les universités développent dans des temps différents des mouvements spécifiques, c’est la conséquence directe de leur mise en concurrence. Un cycle de luttes se termine pour nous !
Par ailleurs c’est bien la même logique qui est derrière ces attaques contre les classes populaires que ce soit sur les lieux de travail, dans les quartiers, dans les facs,… L’austérité ne peut pas être combattue par un corporatisme étudiant ! Faire du syndicalisme pour nous c’est participer à la lutte des classes, organiser les étudiant-E-s en tant qu’ils-elles sont des (futur-E-s) travailleurs-EUSES. Le syndicalisme de combat sur cette fac tend à devenir un regroupement de militant-E-s progressistes qui se regroupent sur la base du plus petit dénominateur commun (contre les discriminations diverses, contre la vie chère, défense de la démocratie,…). La pratique de la lutte des classes est noyée sous le militantisme politique routinier, l’action directe n’est défendue que rarement et est soumise à l’impératif d’une « légitimité » calquée sur les règles de la démocratie bourgeoise.

Mais il n’y a pas que ce type de militantisme à critiquer. Il faut aussi constater les échecs d’une tendance non organisée dont le discours plus radical est orienté par l’action directe et l’anti-syndicalisme (c’est ce que certain-E-s appellent les « totos »). Si la pratique de l’action directe à notre sympathie, le refus de l’organisation et le manque d’intérêt parfois affiché pour le contenu même du mouvement (les revendications, les intérêts à défendre,…) au profit de la spontanéité et de la radicalité de principe mènent à la mort de la dynamique de lutte. A la fin d’une grève, ils disparaissent après une ultime campagne anti-répression laissant aux syndicats le soin de défendre les intérêts étudiants.

Les deux tendances que nous décrivons n’existent pas au sein d’un mouvement l’une sans l’autre, elles se complètent toujours. La tendance politisée et non organisée est dépendante des syndicats qui par leur organisation sont seuls capables d’impulser des AG d’où naissent les mouvements. Pourtant les syndicats par leur formalisme démocratiste, par leur souci d’une légitimité (c’est à dire leur souci de correspondre aux codes de la contestation médiatiquement acceptée), et surtout par leur indépassable corporatisme sont incapables d’assurer seuls la radicalisation d’un mouvement et son existence autonome, indépendante des structures étatiques et des normes du militantisme. Ces 2 tendances agonisent en même temps qu’agonise l’université qui permettait l’existence de tels mouvements. La mort de la forme des mouvements étudiants qui nous précède et la reconfiguration des facs appelle les militant-E-s à repenser leur façon de s’impliquer dans le combat universitaire.

La dernière coordination étudiante à démontré la difficulté de trouver des revendications communes sur l’université elle-même tant les situations sont différentes.

Avec la concurrence entre facs cette difficulté va s’accroitre. Mais si nous nous retrouvons sur notre lieu d’étude nous sommes souvent aussi des travailleurs-EUSES, des chômeurs-EUSE, des RSAistes, des étranger-E-s,… Ces terrains où sont si peu présent les syndicats. Là où nous devrions avoir un syndicalisme global nous n’avons que du corporatisme. Nous étudiant-E-s nous sommes victime de la précarité et des attaques des capitalistes, là où nous devrions avoir un syndicalisme révolutionnaire et anticapitaliste nous n’avons qu’au mieux du réformisme radical (Solidaires) et au pire de la cogestion (UNEF).

C’est pourquoi nous appelons à la création d’un syndicat révolutionnaire. C’est-à-dire un syndicalisme d’action directe ; un syndicalisme qui participe à la lutte de classe parmi les étudiant-E-s et non à la lutte des étudiant-E-s comme si ceux-ci n’étaient pas traversés par des contradictions de classes ; un syndicalisme qui propose une vraie pratique féministe dirigée par les meufs elles-mêmes et qui veille à être vigilant sur les comportements en son sein et veille à pouvoir parler de ceux-ci en toute liberté sans faire d’affaires graves un tabou et sans que les camarades qui dénoncent de tels comportements ne soient victimes de pressions et de menaces (comme c’est le cas dans les syndicats existants) ; un syndicalisme qui ne s’engage pas dans une voie politique réformiste en réclamant un improbable réengagement de l’Etat capitaliste ou une université démocratique; un syndicalisme qui soit porteur d’un véritable projet de société alternatif au capitalisme, un projet révolutionnaire hostile à la classe capitaliste et à son appareil de domination : l’Etat.

Nous ne prétendons pas qu’un syndicat révolutionnaire sera l’outil parfait pour les luttes à venir mais nous pensons que ça peut être une première pierre pour la structuration des luttes qui doivent émerger de (et contre) l’université concurrentielle. Contrairement au syndicalisme réformiste radical (Solidaires) et au pseudo-syndicalisme au ordre du PS (UNEF) nous n’entretenons pas l’illusion d’une université alternative qui serait à revendiquer… Contrairement à eux nous ne pensons pas que les dernières réformes sont le fruit du libéralisme ou de n’importe quelle autre idéologie mais bien de la nécessité pour les dirigeant-E-s de transformer l’université dans le sens de la reconfiguration du marché du travail. Il est ridicule en système capitaliste de revendiquer une fac non capitaliste. Nous n’avons pas à demander au pouvoir de changer de direction, pour cela c’est une révolution qu’il nous faudra faire ! Pour l’heure et dans cette perspective nous avons des rapports de force à construire pour nous défendre contre les capitalistes et l’austérité qu’ils nous imposent.
Le SCUM ne défend pas l’université alternative, le SCUM ne défend pas des solutions de gestions alternatives pour l’Etat, le SCUM ne lutte pas contre l’austérité séparément des travailleurs-EUSES, le SCUM n’est aux ordres d’aucun parti, le SCUM ne défend pas la soumission de la lutte aux AG interminables et contre productives…
Le SCUM défend sur l’université les intérêts de la classe opprimée, le SCUM défend l’autonomie de la lutte, le SCUM défend les étudiant-E-s en dehors de la fac face à la précarité, au patronat, aux flics, aux proprios,… Le SCUM défend la révolution sociale !

Pour un syndicalisme-révolutionnaire dans nos facs !

Pour un Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) !

Si toi aussi tu es intéressé-E par un syndicalisme radical de type nouveau, tu es convié-E à l’Assemblée Générale de constitution du SCUM, jeudi 23 janvier à 18h à la salle Charles Camproux (Maison Des Etudiants, Université Montpellier 3).