Face au mépris et à la précarité, premières victoires pour les étudiants sans-Master de Montpellier. La lutte pour l’inscription de toutes et tous continue !

Rassemblement devant le rectorat le lundi 13 septembre

A la suite de la réunion des étudiantes et étudiants sans affectation en Master du vendredi 10 septembre par le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM), il avait été décidé d’organiser un rassemblement devant le Rectorat de Montpellier, qui s’est muée ensuite en un blocage du bâtiment pendant quelques heures. Cette première action a permis d’obtenir un rendez-vous auprès du Rectorat dès le lendemain. Lors de cette réunion avec Philippe Paillet (secrétaire général adjoint de la région académique) et Aline Teissier (responsable enseignement supérieur), le problème a été exposé de façon claire et simple : des centaines d’étudiants se retrouvent sans affectation en Master alors qu’ils ont obtenu leur Licence. A ce problème, le Rectorat n’a pu apporter que la réponse impuissante d’une bureaucratie dépourvue de pouvoir : depuis 2017, ce sont les universités qui décident d’inscrire ou de ne pas inscrire les étudiantes et étudiants, et le Rectorat ne peut qu’organiser des réunions avec les universités, dans le cadre de la plateforme de recours « Trouver Mon Master », afin d’essayer de convaincre les universités de prendre davantage d’étudiantes et d’étudiants.

Des étudiants inscrits suite à la mobilisation, mais les autres face à l’hypocrisie de certains enseignants.

Au final, comme ce sont les enseignants directeurs de Master et les présidences d’université qui disposent du pouvoir d’inscrire les étudiantes et étudiants, les étudiants sans-Master soutenus par le SCUM ont décidé de demander leur inscription directement auprès de ceux-ci. Si à la Faculté des Sciences de l’Université de Montpellier, la direction de l’établissement s’est engagée à proposer au moins une inscription en Master aux étudiants initialement refusés, il en a été différemment à l’université Paul Valéry Montpellier 3. Dans cette université, les étudiantes et étudiants sans master se retrouvent confrontés au mépris de certains enseignants, avec l’imposture politique en supplément. A titre d’exemple, la directrice du Master Cinéma et autrice d’un article scientifique intitulé « Genres vs auteurs : lutte des classes et choix stratégiques en études cinématographiques » (Chloé Delaporte), et qui n’hésite pas à affirmer à un étudiant précaire sans Master : « oui, j’ai la possibilité de t’accepter, mais je n’ai pas envie de le faire ». Si elle parle autant de lutte des classes, c’est probablement parce que cette enseignante a désormais fait le « choix stratégique » d’être du côté des dominants. Et elle l’assume de façon honnête et odieuse, poussant même l’indécence jusqu’à carrément tenter de se faire passer pour la victime de la sélection qu’elle met elle-même en place ! Quand le vernis progressiste de prestigieuses publications se craquelle, c’est finalement le Darwinisme social le plus exacerbé que l’on retrouve. Notons cependant que plusieurs enseignants ont répondu favorablement aux démarches du SCUM et des étudiants sans-Master, ce qui accentue le contraste avec la mauvaise foi de leurs collègues.

 Lundi 20 septembre, la mobilisation a pris un tour nouveau avec une action symbolique qui a porté ses fruits. Il s’agissait de s’adresser directement aux directeurs de Master, par pancartes accrochées au milieu du campus de l’université Paul Valéry Montpellier 3. Quelques heures après, les étudiants sans-Master et les élus étudiants du SCUM ont été conviés à une réunion avec la présidence de l’université. Au terme d’une longue discussion, la présidente Anne Fraïsse, et ses deux vice-présidents Franck Salaün et Patrice Séébold ont accepté de réétudier tous les dossiers. S’il s’agit ici d’une première avancée, rien ne garantit que les étudiantes et étudiants sans Master se verront proposer une inscription. L’université Paul Valéry se drape dans un discours fermé : ils se contentent de demander plus de moyens auprès du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Dans un contexte ou le gouvernement, comme les précédents, semble avant tout préoccupé par le financement de crédits d’impôts pour les plus riches, une question se pose : En attendant un hypothétique et improbable réengagement de l’Etat dans les universités, que fait-on ? Il s’agit ici d’un choix politique et pédagogique, et non une simple question de moyens. L’élitisme et la sélection sociale ne peuvent être la réponse automatique d’un système à bout de souffle.

54% de refus en Master : les chiffres de la sélection à Paul Valéry.

L’ampleur de cette sélection sociale fait froid dans le dos. A l’université Paul Valéry Montpellier 3, les élus étudiants du SCUM ont obtenu des chiffres précis lors du Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire du 14 septembre. Pour l’année universitaire 2021-2022, seules 2926 candidatures ont été acceptées, sur 6399 demandes. Plus d’un étudiant sur deux se retrouve ici mis de côté. Pire, presque la moitié des étudiantes et étudiants ayant obtenu leur Licence à l’université Paul Valéry se retrouvent éjectés de leur propre université : ils ne sont que 1604 à être acceptés, sur 3156 candidatures.

« Nous ne sommes pas des numéros » : une mobilisation pour l’inscription et pour la dignité.

Nous rappelons que les étudiantes et étudiants sans Masters ne sont pas juste des numéros de dossiers, que l’on peut effacer d’un clic de souris d’ordinateur. Ces étudiantes et étudiants, titulaires d’une Licence, aspirent à un avenir et à un diplôme dans une société ou le travail ultra-précaire tend à devenir la règle sur le marché du travail. Nous constatons que la plupart de ces étudiants refusés par des enseignants de l’université Paul Valéry sont précaires, et que beaucoup sont étrangers. Leur refuser l’accès à l’université, c’est non seulement les condamner à la précarité à vie, mais pour certains c’est aussi les exposer à un non-renouvellement de leur titre de séjour.

Aux côtés des étudiantes et étudiants sans affectation en Master, nous réaffirmons notre engagement sans faille pour que chacun ait le droit à un avenir, et nous appelons à accentuer la mobilisation pour l’inscription de toutes et tous. Pour celà, un rassemblement se tiendra mercredi 22 septembre à 14h, devant la présidence (bâtiment L) de l’Université Paul Valéry Montpellier 3.

Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier – SCUM
http://www.combatuniversitaire.wordpress.com – syndicat.scum@live.fr


Notre mobilisation dans les médias :

4 réflexions sur « Face au mépris et à la précarité, premières victoires pour les étudiants sans-Master de Montpellier. La lutte pour l’inscription de toutes et tous continue ! »

  1. Incroyable hypocrisie… Si la fac de science accepte de faire son boulot, c’est-à-dire de reconnaître la réussite aux examens de licence de leurs étudiants en leur proposant de poursuivre leurs études en master (logique, normal), c’est un abus manifeste de la part de de ceux, en lettres, qui refusent d’enseigner en master tous leurs licenciés. Le budget même s’il est serré n’est pas en cause ! En sciences, les labos ont souvent un besoin financier bien supérieur que la recherche dans les autres domaines. Le fait de refuser la continuation d’un cursus pour même un seul étudiant est inacceptable et injustifiable. Cette pratique de sélection est odieuse et insultante ; cette pratique nie publiquement la valeur même du diplôme de licence ! Clairement, les étudiants sont soumis à « espérer » valider un cursus universitaire à son terme, non-plus en validant leurs compétences avec des diplômes d’état successifs, mais en se mettant à genoux devant ceux qui refusent de faire le travail pour lequel ils sont payés ! C’est un abus de pouvoir manifeste. Gerbant.

  2. Tout mon soutien à celles et ceux du scum pour ce combat. Merci à eux de s’opposer à ce foutage de gueule qui insulte les étudiants et nie leurs années d’études effectuées et la valeur de leur diplôme qui doit être le seul « pass » permettant la poursuite de leur cursus. Scandaleux ! Vous ne pouvez que bénéficier du soutien de tou-te-s, étudiants ou non. Le droit aux études doit rester un droit pour tous ! Accessible à tous ! La remise en cause de l’égalité des droits est insupportable ! L’humain n’est pas une marchandise.

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