Suppression de la COMUE-LR : le bon, la brute et le truand

État des lieux de la nouvelle actualité des présidents d’universités montpelliérains

Il est bien connu qu’en période de galette des rois, chacun veut sa part de gâteau. Et le monde universitaire régional ne déroge semble t’il pas à la règle. Dans un communiqué sorti le 4 janvier 2019, les présidents des universités de Perpignan (UPVD), Montpellier (UM), Paul Valéry (UPVM3) et Nîmes (Unîmes) annoncent leur volonté de mettre fin à la Communauté d’Universités Languedoc-Roussillon (COMUE-LR).

Le procédé peut laisser interrogateur, en l’occurrence stigmatiser une structure « inefficace et onéreuse » 15 jours après avoir voté à l’unanimité son bilan d’activité et son budget lors du Conseil d’Administration. Nous pouvons aussi noter que cette décision des quatre présidents d’université ne fait suite à aucune consultation de leurs propres instances. Après le communiqué surprise, Fabrice Lorente, président de l’université de Perpignan-Via-Domitia, a toutefois fait entendre une petite différence en annonçant qu’il allait « réunir [son] conseil académique et [son] conseil d’administration ».

Le bon.

Gilles Halbout, président de la COMUE-LR, s’enorgueillit d’un travail « tourné vers l’ensemble des usagers ». Fier d’avoir lancé le Centre de Soins Universitaire et l’initiative, innovante en France, d’un guichet regroupant l’ensemble des services d’accueil des étudiants étrangers, l’ancien vice-président de l’université Montpellier  2, absorbée par l’Université de Montpellier en 2014, semble bien seul à croire que les étudiants et les personnels feraient partie des priorités des différentes politiques universitaires régionales. Les personnels de la COMUE-LR, dont beaucoup sont issus d’autres établissements de la ville, peuvent craindre à juste titre leur réintégration forcée dans ceux-ci, aux politiques de ressources humaines peu connues pour leur … humanité.
La COMUE-LR pilote aussi l’opération Campus (rénovations des campus de l’académie) et son contrat pluriannuel de financement par l’État court jusqu’à fin 2020.
Alors que les présidents des quatre universités, dans leur communiqué, fustigent une structure « coûteuse », il est étonnant de découvrir que les dotations des établissements pour la COMUE-LR représentent en réalité moins de 10%. La COMUE-LR semble en réalité davantage peser sur l’ego des présidences que sur leur budget, comme le reconnaît l’université Paul-Valéry dans le journal Educpro, « c’est notamment sur le plan de la communication que la présence de la COMUE gêne. »

La brute.

Patrick Gilli, président de l’université Paul Valéry Montpellier 3 (UPVM3), semble avoir l’art de susciter des doutes sur ses capacités de direction. Élu président en 2016 sur la promesse de ne pas fusionner son établissement avec l’UM, il signe ici la mort de la seule structure universitaire de la région qui pouvait faire obstacle à un leadership sans conditions de l’autre université Montpelliéraine. Après nous être interrogés sur l’embauche au poste stratégique de Directrice Générale des Services d’une spécialiste du pilotage de fusion d’universités, nous avions alerté dans un communiqué en date du 28 septembre, sur la volonté annoncée de Patrick Gilli, d’avancer vers une autre type de « rapprochement » avec l’Université de Montpellier.

Sa faible capacité d’écoute et de dialogue semble faire écho à un curieux sens stratégique. Mais Patrick Gilli, qui fait l’objet d’une plainte pour détournement d’argent public dans le cadre du financement de la répression contre les étudiants de son université, n’aime pas prendre de gants quand il boxe.
C’est décidé, l’annonce de la volonté de mettre fin à la COMUE-LR doit permettre de récupérer la Maison des Sciences de l’Homme (MSH), le fameux laboratoire de recherche pluridisciplinaire. Sauf que la MSH, portée par trois établissements en plus de la COMUE-LR (CNRS, Université de Montpellier et Université Paul Valéry) se retrouve paradoxalement fragilisée par les manœuvres de Patrick Gilli visant à en récupérer la gestion. En effet, en l’absence de politique de site portée par la COMUE, d’où viendront les subventions de ce laboratoire de recherche dynamique et reconnu ? Sachant que le CNRS avait déjà menacé de quitter la MSH, les qualités de diplomate de Patrick Gilli font ainsi courir un risque à la pérennité de cet outil de recherche.

Se tirer une balle dans le pied après avoir sauté dans une piscine lesté d’un poids. Nous n’avons pas trouvé de meilleure phrase pour illustrer l’étrange stratégie du président de l’université Paul Valéry. En effet, la recherche ne sera pas la seule impactée par la décision de Patrick Gilli : la construction de l’Atrium, nouvelle bibliothèque universitaire rutilante du campus de Paul Valéry, pourrait prendre un an de retard. En effet, sa construction est financée et pilotée par l’Opération Campus, gérée par… la COMUE ! Une COMUE que Patrick Gilli veut supprimer. Ainsi, le temps que l’Opération Campus se trouve rattachée à une nouvelle structure, les étudiants et personnels continueront à s’entasser dans la vieille bibliothèque Ramon Llull qui semble de plus en plus sur le point de s’effondrer.
Mais ce n’est pas tout. Le président à l’humeur changeante devra désormais passer par l’Université de Montpellier pour tout ce qui concerne la politique de site, faisant ainsi de l’université Paul Valéry, dans la pratique, une succursale réduite à délivrer quelques diplômes en sciences humaines et sociales.

Le truand.

Philippe Augé, président de l’Université de Montpellier (UM), qui est le plus grand établissement parmi les quatre membres fondateurs de la COMUE, se voit déjà en chef d’orchestre de la politique universitaire régionale : « nous sommes favorables au fait d’établir des choix politiques communs, avec le portage d’une activité par un seul ». Un chef d’orchestre qui d’après un enseignant-chercheur syndicaliste ignore les instances de concertation sociale, mais sait apparaître aux yeux de la communauté universitaire comme « plutôt sympathique et populaire », et sachant « entretenir la vie mondaine interne et externe à l’université ».
L’Université de Montpellier possède aussi plusieurs sites délocalisés dans la ville de Nîmes : l’IUT de Nîmes, une antenne de la Faculté de Médecine et une antenne de la Faculté d’Éducation. Ces 3 antennes comptent davantage d’étudiants que l’intégralité de l’UNIMES. Cette dernière est ainsi tenue en joue, sa soumission étant un gage de survie pour cette petite université de proximité.

Mais en y regardant de plus près, la forteresse conquérante à l’image soignée s’avère ressembler de plus en plus à un château de cartes. Bientôt prêt à s’écrouler ? A la tête d’une université disposant de peu de dotations et aux finances tendant de plus en plus vers le rouge, Philippe Augé, président d’université depuis plus de 10 ans, a été réélu le 7 janvier pour un mandat supplémentaire de 4 ans. Dans la presse régionale, il ressasse inlassablement ses deux réussites : il a obtenu l’I-Site et « dans les classements internationaux, nous restons dans le top 300 de Shanghai avec une première place mondiale en thématique écologie. ».
Mais cette politique d’établissement complètement tournée sur la création d’un objet de recherche plutôt marketing pour capter des subventions arrive désormais en bout de course. Mentionnons le déclassement annoncé sur l’écologie : il faudrait une embauche d’une quinzaine d’enseignants chercheurs supplémentaires, impossible au vu de l’état des finances, afin de rester sur le podium. Mais c’est l’éventualité, de plus en plus probable au vu de l’absence d’intégration d’école, de perdre l’I-Site qui agite la présidence de l’UM. Garder la même trajectoire ne sera ainsi plus possible, et la méthodologie utilisée jusque là prouverait sa non-viabilité à moyen comme long terme.

Alors que l’UM ambitionne de porter l’ensemble de la politique de site de l’académie, cette dégringolade à venir aurait fait apparaître la COMUE-LR comme la seule entité dynamique de l’académie de Montpellier, portant l’Opération Campus et des innovations de services (MSH, Centre de Soin Universitaire, guichet d’accueil des étudiants internationaux, Pépite…).
L’ogre sur le point de faire une indigestion a semble t’il ainsi trouvé un nouveau festin en se taillant la part du lion sur le cadavre d’une COMUE qui pouvait lui faire de l’ombre. En effet, il se murmure que l’UM récupérerait le Centre de Soins Universitaire et l’ESPE. Et surtout, en l’absence de la Communauté d’Université, ce sera désormais l’UM qui dictera sa vision.

Mais Philippe Augé, en bon communiquant, sait se montrer rassurant : « il ne s’agit pas de fusionner les établissements ». L’ancienne Université Montpellier 2, objet d’une fusion-acquisition en 2014 de la part de notre amateur de galettes, doit encore en rire jaune depuis sa tombe.

Et les étudiants ?

Au milieu de ce jeu de billard à trois bandes, on pourrait se poser la question de l’impact sur les étudiants. Une question qui n’a visiblement pas effleuré l’esprit des quatre présidents des universités de la COMUE-LR : pas une seule fois le terme « étudiant » ou « usager » n’apparaît dans leur communiqué du 4 janvier 2019.
A Montpellier, l’autonomie des universités s’est développée au mépris du service rendu aux étudiants et au prix d’une dégradation des sites universitaires et de guerres d’ego coûteuses entre les présidences.
La politique de site, qu’ils veulent « renouvelée et ambitieuse », s’annonce clairement au mépris de la mission de base de l’institution universitaire : l’enseignement. Par contre, on peut lire qu’ils « se félicitent de l’ordonnance 2018-1131 en date du 12 décembre 2018 instaurant de nouvelles dispositions de coopération entre les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche ». Cette ordonnance, et notamment les articles 16, 17 et 18 de son chapitre II, laisse les présidences d’université libres de fixer les contours de la « coordination ». On a vu ce qu’une telle « liberté » a entraîné au niveau de la sélection en Master et Licence, notamment à l’UM et l’UPVM3 : un tri social et élitiste imposé aux étudiants.

Pour le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM), il est à craindre que la nouvelle politique annoncée soit la préfiguration d’une nouvelle super-structure bien éloignée des intérêts et préoccupations des étudiants.

Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier – SCUM
Organisation étudiante représentative siégeant au CA de la COMUE-LR
syndicat.scum@live.fr – www.combatuniversitaire.wordpress.com 

  • Article du journal La  Marseillaise du 25/01/2019 :

5 réflexions sur « Suppression de la COMUE-LR : le bon, la brute et le truand »

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